
La force qui poussait Django vers
le Nord, vers le Montmartre des premiers orchestres de jazz, était de toutes la
plus forte. Cependant, si chaque fois, ses dix-huit ans mélancoliques et
émerveillés faisaient là-haut leur plein d’enthousiasme, ces longs voyages à
travers Paris, de ses portes à son sommet, près du Sacré-Cœur, vidaient ses
poches; car Django venait de contracter une ruineuse habitude dont il ne se
déshabituerait jamais : celle de prendre des taxis. Il prenait même des Packard
de louage: faisant, à proximité des palaces, un signe timide au chauffeur en
livrée. Si le chauffeur acquiesçait, Django souriait; puis, la portière ouverte,
il posait son banjo sur le siège arrière et se calait confortablement.
Ces voitures de luxe, jamais en
maraude, stationnant toujours aux mêmes endroits rêvés — rue de la Paix, ou
avenue Montaigne — enchantaient positivement Django Reinhardt : il pouvait
appuyer sa nuque contre ce qu’il appelait un « placard de dentelles ». C’était
une dentelle différente que celle vendue par « Négros », cette « Négros »
trottinante et infatigable qui chaque jour recommençait, mais dans un quartier
différent, sa tournée des concierges; il fallait vendre deux fois plus — et cinq
centimes plus cher si possible : il y avait à la roulotte une bouche nouvelle à
nourrir. La femme de Django, qui attendait un bébé, « Négros », l’acrobate
retraitée, l’ancienne danseuse de corde, allait être grand-mère à quarante ans;
et Django, pourtant si sérieux dans ce comportement insensé qui traduisait le
plus profond, le plus authentique de lui-même... père à dix-huit ans.
Quand, mis en méfiance par
l’allure insolite de son client — sa chevelure trop brillantinée, trop
abondante, son vêtement de confection qui se voulait d’un grand tailleur, ses
guêtres gris perle — le propriétaire d’une Rolls refusait la course, Django,
sans un mot, sans un geste d’humeur, tournait les talons et cherchait un autre
taxi de luxe. Mais cela arrivait rarement, Django adolescent ayant davantage
l’air d’un prince hindou, d’un monarque des îles en vacances à Paris, que d’un
gitan faisant des cachets dans les bals musettes de la rue de Lappe ou de
Ménilmontant.
Il n’aimait pas son banjo et il
haïssait ses cachets. Une seconde force, venue non pas du coeur mais de la
raison, le poussait logiquement vers eux : il fallait vivre. Le génie est
illogique. Taine disait qu’il s’apparente toujours à la folie. Chez Django, il
s’apparentait au fantasque. Ce Django, on aura beau l’approcher, le toucher de
près, croire le circonscrire... on ne cernera jamais son troublant et
insaisissable personnage. Le mystère demeurera, aussi impénétrable que la magie
des sons que font sortir de son banjo, à l’aide d’une vieille pièce de cuivre
sale — qui semble avoir fait tant et tant de poches —, ses doigts de sorcier
brun.
Une nuit, à « La Java », chez
Alexander, deux hommes l’attendent près du podium où l’orchestre prend place.
Honnêtes musiciens, patients et résolus, qui reviennent ainsi chaque soir à la
pêche du manouche prodige. Mais de quoi se plaindre puisque Django arrive ? Il a
une tête de fauve triste épuisé par une mauvaise chasse, mais il ne se plaint de
rien, il ne rugit pas; sa qualité maîtresse, c’est le silence — cette poli-tesse
des gens qui ne savent ni lire, ni écrire, ni bien parler. Django Reinhardt est
un de ces jeunes hommes comme les eût aimé Rousseau : il vit en permanence à
l’état de nature.
— Je ne te comprends pas, petit,
et je ne te comprendrai jamais !... dit l’un des hommes, avec sentence. (De
toute façon, il était trop tard pour comprendre Django Reinhardt.) Je t’offre un
« cacheton » de 500 balles pour enregistrer quatre faces. C’est pactole, non
?... et ça ne te fait ni froid ni chaud ! ... (Cet homme qui parle, c’est
l’accordéoniste Jean Vaissade.)
— Oui, on travaille pour la marque
« Idéal », ajoute son compagnon. (C’est le xylophoniste virtuose Carlito). Tu
n’as pas le droit de laisser passer cette chance. Les disques « Idéal » sont
tirés à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires et vendus dans les bazars.
On en trouve partout : à l’Hôtel de Ville, au Bon Marché.
Les magasins Macy,
à New York, débitent-ils des enregistrements de Duke Ellington à l’étalage ?
Trouve-t-on des Armstrong à la Samaritaine ?
Ce que ces braves et consciencieux
petits malins de musette s’acharnent à ne pas vouloir comprendre — la mollesse,
le mutisme, pire !... le désintéressement du « petit » dépasse leur entendement
— c’est qu’entre Django et eux le fossé se creuse chaque jour davantage. Eux
gagnent de l’argent en exerçant un métier pour lequel ils sont faits et qu’ils
aiment d’autant mieux qu’il leur permet de bien vivre. Ils caressent un
instrument qu’ils vénèrent. Django, lui, méprise son métier d’accompagnateur.
Lorsqu’il joue ainsi, il se sent vacant, rien d’urgent et d’essentiel ne
l’appelle. Cela ne veut rien dire. Mais cinq cents francs — le prix d’une séance
d’enregistrement populaire — cela fait beaucoup de taxis à dix francs la course,
et, en comptant sur les doigts, quatre ou cinq Panhard-Levassor à avoir pour un
après-midi entier et pour soi tout seul. Voilà pourquoi Django Reinhardt, après
maintes réticences, obéit à cette seconde force : celle de l’ennui, celle de
l’argent. La troisième force était la roulotte. «Négros» avait beaucoup grondé
Django.
— Tu vas avoir un bébé,
disait-elle et tu ne t’occupes de rien. Et s’il vient mal au monde, si les
affaires ne marchent pas ? Si les gitans qui reviennent d’Auvergne ne me
rapportent plus de dentelle du Puy ? Nous allons être cinq bientôt, comment
contiendrons-nous dans cette boîte à sardines ?
— Alors quoi, tu veux que je m’en
aille? (Il n’avait rien compris).
— Mais non, Django, je veux que
nous nous trouvions une roulotte plus grande; à moins que tu puisses t’en
procurer une petite pour ta femme et pour toi. On l’installerait tout près de la
mienne.
Les roulottes sont aux gitans ce
que les palais sont aux maîtres du monde. Quand Django eut sa roulotte à lui
(son beau-père la lui céda) il fut un homme transformé. A l'étonnement de tous
les manouches de la Porte d'Italie, il prit même l’habitude de rentrer à des
heures régulières, après le bal.
Ce soir-là, sur le coup de minuit
un monsieur en smoking et foulard de soie blanche était entré à « La Java ».
Deux femmes se pendaient à ses bras, l’une exhibant un superbe vison; l’autre un
manteau plus modeste, en agneau de Toscane. L’homme riait en tirant de toutes
ses lèvres sur un énorme cigare. Ses compagnes, dispendieusement parfumées,
embaumaient le numéro cinq de Chanel à cent mètres à la ronde. Sur leur passage,
on entendit des sifflets, des ricanements qui traduisaient à la fois l’épatement
et la gouaille. Les « durs » en pantalon de toile noire, étranglant leur taille,
les filles en jupe courte s’arrêtant net au niveau du genou, tout ce joli monde
insouciant qui dansait les mains plaquées sur les hanches en se répétant des
serments d’amour en argot, cette faune de la Bastille, se demandait qui étaient
ces gens et ce qu’ils venaient faire ici dans cette place forte de l’accordéon
et de la java vache, leur domaine.
L’homme en smoking se dégagea de
l’étreinte crispée des femmes — soudain, elles ne riaient plus : tant de jeunes
« voyous » en foulard rouge les contem-plaient moqueusement — et, la danse
finie, interrogea un « voyou » parmi cent autres, le premier qui lui tomba sous
la main : un certain « Bobby » Laplaze.
— On m’a parlé d’un monsieur
Reinhardt qui joue ici, dit l’homme, dans un français lent et malaisé qui
traduisait, davantage que son allure et son smoking, son origine anglaise. Très
bon banjo, monsieur Reinhardt, n’est-ce pas ? reprit l’homme.
— Ecarquillez vos mirettes et
regardez bien, répondit « Bobby » Laplaze en s’esclaffant, « l’étranger » est en
face de vous, à la tribune. (On surnommait Django « l’étranger », non pas à
cause de sa hauteur — il n’avait aucune espèce de vanité — mais de sa formidable
vertu de silence : « il parle chaque fois qu’il perd un oeil », disait-on de
lui).
Fascinés, les yeux de « Bobby »
s’accrochèrent aux diamants que portaient les dames, blêmes d’anxiété. L’homme
en smoking — c’était Jack Hilton, le Ray Ventura anglais — interpella prudemment
le jeune homme au banjo. L’accordéoniste Alexander a rapporté ce dialogue
saisissant.
— Je suis à Paris pour trouver un
musicien qui puisse à la fois tenir le banjo et la guitare. Un bon guitariste,
c’est très rare en Angleterre. Je suis venu vous écouter un soir de la semaine
dernière. Je suis revenu le lendemain, mais vous n’étiez pas là...
— Je ne joue pas régulièrement,
mais quand ça me plaît.
— Votre jeu me plaît.
— Ça, ce n’est rien, dit
tristement Django Reinhardt, en rayant les cordes de son pouce fermé.
— Mon orchestre fait du jazz.
— J’ai entendu les Bateliers
de la Volga, dit Django, poliment.
— Je vous prends avec moi, je vous
emmène à Londres.
Le contrat devait être signé le
lendemain 3 novembre 1923. Rendez-vous avait été pris pour huit heures au bar de
« Chez Fred Payne », rue Blanche. Mais Django le désoeuvré, Django qui ne tenait
aucun compte de ce marathon circulaire et infini que couraient les aiguilles sur
son poignet, Django qui, pour une fois, voulait être exact à ce très important
rendez-vous que lui donnait Jack Hilton, Django n’y fut jamais. Le destin, en
effet, venait de prendre pour lui, sans le consulter, un rendez-vous de toute
autre facture : un rendez-vous avec l’enfer.
Django Reinhardt y courut très
joyeux. Demain il allait être riche, M. Jack Hilton lui ferait une grosse avance
; il brasserait des billets de cent et de mille à pleines mains. Alexander le
déposa devant une station de taxis, rue de Lyon. Là, ils se séparèrent.
— Je ne veux pas t’empêcher de
faire ton chemin, dit Alexander. Mais tu sais, petit, le jazz, ce n’est pas très
sûr. Notre musique à nous a fait ses preuves. Elle tient. La leur n’est qu’à ses
débuts. Tu cours quand même un gros risque. Enfin les gens de ta race aiment
l’aventure. Si ça ne colle pas avec « l’Anglais », tu pourras revenir chez
moi.
— Ça gazera, Alex. Ça gazera et je
reviendrai te dire bonjour en ami.
Django Reinhardt s’engouffra dans un
taxi.
— Porte d’Italie, dit-il au chauffeur, avec cette sereine insolence qui
est le propre des gens qui, subitement, viennent d’acquérir la certitude qu’ils
vont avoir un beau, un triomphant destin.
Il était si
pressé d’arriver dans ce campement périphérique où, sur deux hectares d’herbes
mortes et de détritus, les gitans garaient leur roulotte, que, dans sa hâte, il
oublia son banjo sur la banquette. Pas un bruit. Sous le clair de lune glacé de
novembre, les chevaux dormaient debout, spectraux, fantomatiques. Un manouche
était décédé une dizaine de jours auparavant et, le lendemain, sa famille réunie
pour le « prie-Dieu » (qui consiste en un simple apport de fleurs sur la tombe
du disparu) devait se rendre au cimetière de Thiais. Il y avait beaucoup de
fleurs destinées à ce mort, beaucoup de fleurs artificielles : des chrysanthèmes
immenses, des dahlias géants, des roses outrageusement plus grandes que nature,
tous et toutes en celluloïd. Tant et tant de fleurs qu’elles n’avaient pu
contenir dans la roulotte familiale, surencombrée par la présence des parents et
que « Zézé », le père du défunt, avait demandé à la femme de Django de donner
asile à ces fleurs pour la nuit : on ne pouvait décemment pas les laisser
coucher dehors...
Django, comme à l’ordinaire,
frappa doucement trois coups à la porte de la roulotte et rentra. Il fit
quelques pas dans le noir et buta contre une gerbe de chrysanthèmes artificiels.
Sa femme lui expliqua ce qu’étaient ces fleurs.
— Attends une seconde, ne bouge
pas dit-elle. Je vais t’éclairer.
Le lit était tout près de la
porte, serré contre la paroi gauche de la roulotte. Bella Reinhardt, mal
réveillée, fit craquer une allumette dont elle posa la flamme sur la mèche d’un
fond de bougie. Sans doute eut-elle un de ces gestes brusques et imprécis comme
en ont les êtres encore mal sortis du sommeil ? La bougie tomba de la table de
nuit, roula sur le sol et rencontra les roses de celluloïd qui prirent feu
toutes ensemble en une féerique et cruelle explosion de cinéma.
Django fut
cerné par les flammes qui dévoraient toute la roulotte. Sa femme poussa un cri
d’épouvante et, en sortant dehors, se luxa la cheville.
— Django est dedans
!... hurlait-elle. Malheur, Django est dedans.
Et, de ses mains brûlées, elle
essayait d’étouffer les petites flammes dansantes tout autour de son corps. Avec
effort, le campement se réveilla. Un chien aboya à la mort. Les chevaux mal
nourris piaffèrent et hennirent. Quand les premiers hommes, avec des gestes de
somnambules, arrivèrent devant la roulotte tragique, Django — l’instinct de
conservation l’ayant poussé à sortir, le visage protégé par ses mains — Django
gisait, la face contre terre, se frottant le ventre contre le sol pour essayer
tant bien que mal de réduire l’incendie qui le consumait. Il hurlait, fou de
douleur, appelant sa mère, implorant la Vierge Marie et, comme il n’y avait pas
d’eau à proximité, ou si peu — seulement celle des bassines ou des casseroles —
les hommes durent faire des tampons avec leurs vêtements pour tuer ce feu qui ne
voulait pas mourir...
A l’aube, il ne restait plus de la
roulotte, qu’une pyramide de braises incandescentes avivées par le vent glacé
qui soufflait dans la direction d’Orly...
De tous les manouches, un seul
avait gardé son sang-froid : le beau-père de Django. Ce petit homme volontaire
et trapu, qu’on aurait pu tout aussi bien trouver dans la fameuse grotte
espagnole de Pour qui sonne le glas prit des initiatives, organisa le
secours, fit transporter sa fille et son gendre à Lariboisière. Le soleil
commençait a éclairer les toits sinistres de l'hôpital lorsque la femme de
Django sortit du service d’urgence. Elle portait un épais bandage autour de sa
tête complètement scalpée par les flammes. Django Reinhardt reposait sur un lit
de fer : sous l’effet de la morphine, sa douleur s’était apaisée. On l’avait
presque entièrement recouvert de bandages. Il évoquait l’image d' une momie
passive, lourde, brûlée aux paupières, aux flancs, aux chevilles et, surtout, à
la main gauche : cette main gauche dont les internes, en la pansant, avaient
aperçu les os. Sous les bandages ce n’était plus qu' une masse amorphe et
inarticulée de chair grillée, suppurante...
Or malgré les apparences, cette
brûlure au troisième degré était pourtant minime, au dire des chirurgiens et
comparativement à la plaie de la jambe qui, partie du genou, s’étendait
jusqu'aux côtes. Brûlure si grave que le chef de la clinique chirurgicale, après
un minutieux examen radioscopique, ordonna l’amputation.
Django la refusa avec ce simple
mot : Jamais. Le professeur insista :
— Je vous dis cela pour votre
bien. Les plaies sont trop profondes pour pouvoir se fermer d’elles-mêmes. Et
vous savez que les chairs brûlées sont des chairs mortes, que les points de
suture et les agrafes ne prennent pas dessus (Enfermé dans son mystère, dans le
vase clos de sa souffrance et de ses mille meurtrissures, Django ne répondait
toujours pas). Vous courez un grand risque en refusant cette solution de force,
la seule qui puisse vous sauver. Avez-vous songé aux multiples possibilités
d'infection, à la gangrène. C'est votre vie qui est en jeu.
Django Reinhardt secoua
négativement la tête, regarda le pansement de sa misérable main gauche qui le
torturait — les élancements suivaient le cours des veines et remontaient
jusqu’au coeur — et dit à son beau--père :
— Je veux maman, fais-là
venir.
Quarante minutes plus tard, «
Négros » arrivait. Quinze jours après, Django était père d’un vigoureux petit
garçon qui pesait quatorze livres — une de moins que lui. C’était l’enfant du
miracle : il avait résisté à tout, à la panique, à la chute de sa mère, à la
lutte affolée contre les flammes. Cependant le calvaire de Django continuait,
sous une forme plus consciente, plus lucide — donc plus désespérée — et dans un
autre hôpital : Saint-Louis. Ce calvaire devait durer deux ans mais nul ne le
savait alors, à plus forte raison Django : l’eût-il su qu’il aurait peut-être
capitulé.
Tout le poids de son désespoir
portait sur sa main gauche, cette main magique qui lui avait donné le génie, de
naissance pour ainsi dire, et qui, sans ces maudites roses de celluloïd
destinées à un mort, lui aurait, vingt-quatre heures plus tard, apporté la
fortune avec Jack Hilton.
Blancheur, silence tendu, attente
anxieuse : c'était la grande salle des accidentés de Saint-Louis, soixante lits,
trente de part et d’autre. Chaque matin, à neuf heures et demie, deux
brancardiers emportaient Django — livide, figé, muet — vers la salle de
pansements d’où il ne ressortait que pour déjeuner. C’est dire la durée de ces
fastidieuses tentatives de cicatrisation auxquelles on soumettait les plaies de
Django. Applications de placenta, de poudre d’aluminium, de pommades... Rien n’y
faisait. La main de Django, horrible à voir, donnait l’impression d’avoir été
brisée par un étau, puis transpercée de poignards. Quand sa femme, jeudis et
dimanches, lui apportait son fils, Django souriait faiblement et murmurait :
— Mon petit môme, va ! Tu vas
avoir un père infirme.
Avec « Négros », qui ne quittait
pas son chevet, c’était toujours le même dialogue bref et torturant.
— A quoi penses-tu, Django ?
— A ma main, maman. Et toi ?
— A toi mon fils. Je prie sans
cesse pour toi. C’est tout ce que je peux faire pour l'instant, mais je ne perds
pas mon temps en priant : Dieu te donnera du courage. Et puis, le médecin-chef
t’aime bien, Django, il va s’occuper de toi.
Indépendamment de son service de
chirurgie à Saint-Louis, ce distingué praticien dirigeait une clinique privée,
rue d'Alésia. Les cliniques privées sont payantes, on n’y accepte pas les
indigents. A cette époque, la Sécurité Sociale n’existait pas, non plus que le
Syndicat des Musiciens. « Négros » et le beau-père de Django mirent leurs
économies en commun pour tenter l'impossible: redonner une main valide à
l’enfant prodige de la guitare; et, aussi, une jambe, mais sa jambe obsédait
beaucoup moins Django que ne le hantait sa main...
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